Julien Moreau

Technicien en récupération de données depuis 15 ans, fondateur d'un laboratoire spécialisé à Lyon. Ancien ingénieur système, il a fondé son laboratoire après avoir personnellement perdu des données irremplaçables. Spécialiste des disques mécaniques défaillants, SSD NVMe et ransomwares chiffrés.

Installé dans son laboratoire à Lyon, Julien Moreau est un expert de la récupération de données. Avec une expérience de 15 ans dans le domaine, il est devenu une référence pour ceux qui ont perdu l'espoir de retrouver leurs fichiers précieux. Ancien ingénieur système, il a basculé vers cette spécialité après une expérience personnelle douloureuse qui l'a conduit à réaliser l'importance cruciale de la récupération de données.

Dans cet entretien, nous allons explorer les différentes facettes de son métier, les défis rencontrés et les conseils qu'il prodigue à ses clients pour éviter de futurs désastres numériques. Julien nous partage également son expertise sur les ransomwares, un fléau toujours d'actualité en 2026.

Marie Lambert : Quand est-il encore possible de récupérer ses données ?
Julien Moreau :

La possibilité de récupérer des données dépend de plusieurs facteurs. Si le disque est encore reconnu par le système mais que les fichiers semblent inaccessibles, il y a de bonnes chances de récupération. En revanche, si le disque a subi des dommages physiques, comme des têtes de lecture abîmées ou un plateau rayé, cela complique la tâche, mais ne la rend pas impossible. Dans notre laboratoire, nous parvenons à récupérer des données dans environ 80 % des cas de pannes mécaniques.

Les cas qui arrivent le plus souvent dans notre laboratoire sont les pannes électroniques — un court-circuit sur la carte logique, un composant grillé —, les pannes mécaniques dues à l'usure des têtes de lecture, et les suppressions ou corruptions logiques. Pour les deux premières catégories, l'intervention est exclusivement professionnelle. Pour la troisième, des logiciels spécialisés comme Recuva ou TestDisk peuvent parfois suffire, à condition que le disque soit physiquement sain. La règle d'or que je répète à tous mes clients : dès que vous entendez un cliquetis ou un grattement, éteignez immédiatement. Chaque seconde de fonctionnement sur une tête abîmée peut rayer les plateaux de manière irrémédiable.

Marie Lambert : Quelle est la différence entre un SSD mort et un HDD mort en termes de récupérabilité ?
Julien Moreau :

La principale différence réside dans la nature des pannes. Un HDD mort peut souvent être récupéré en remplaçant des pièces mécaniques défectueuses — têtes de lecture, moteur, carte électronique. Ces pièces sont identifiables, localisables, remplaçables en salle blanche. Pour un SSD, les défis sont souvent liés au contrôleur ou à la mémoire flash. Les SSD NVMe, en particulier, nécessitent des outils et des compétences spécifiques pour extraire les données directement des puces NAND lorsque le contrôleur est mort.

Il y a une asymétrie importante que peu de gens connaissent : un HDD qui tombe en panne progressive, avec des secteurs défectueux croissants, donne des signes avant-coureurs pendant des semaines ou des mois. Un SSD peut mourir subitement, sans prévenir, du jour au lendemain — surtout les modèles d'entrée de gamme dont la cellule TLC ou QLC atteint sa limite d'écriture. Pour les professionnels qui ont des données critiques, je recommande d'éviter les SSD à bas coût pour le stockage à long terme et de ne jamais se fier à un RAID 1 seul : le miroir protège contre une panne physique, pas contre la corruption logique ou un ransomware qui chiffrerait les données sur les deux disques simultanément.

Marie Lambert : Que faire IMMÉDIATEMENT quand un disque tombe en panne ?
Julien Moreau :

La première chose à faire est de cesser toute utilisation du disque pour éviter d'aggraver la situation. N'essayez pas de le rallumer à multiples reprises et surtout, n'utilisez pas de logiciels de récupération grand public. Ces logiciels peuvent écrire sur le disque et rendre la récupération plus difficile. Contactez un professionnel pour un diagnostic précis. Chaque action doit être réfléchie pour maximiser les chances de récupération.

Concrètement, voici ce que je conseille à la lettre : éteignez l'ordinateur, débranchez le disque, et ne le rebranchez plus avant d'avoir contacté un laboratoire. Si c'est un disque externe ou une clé USB, rangez-le dans un endroit sec, sans le secouer. L'humidité, les chocs et les variations de température sont vos ennemis. Et surtout — c'est l'erreur la plus courante — ne cherchez pas de solution sur Internet en allumant et en éteignant le disque dix fois de suite pour voir si ça change quelque chose. Ça ne changera rien, mais ça peut transformer une récupération à 500 € en une opération à 2 000 €.

Laboratoire de récupération de données : disque dur ouvert en salle blanche avec équipement spécialisé
Marie Lambert : Ransomware en 2026 : peut-on récupérer sans payer la rançon ?
Julien Moreau :

La récupération sans payer la rançon est parfois possible. En 2026, de nombreux déchiffreurs gratuits sont disponibles pour des dizaines de familles de ransomwares dont les clés ont fuité ou ont été saisies lors d'opérations judiciaires. Des plateformes comme NoMoreRansom.org centralisent ces outils. Si vous êtes touché, la première chose à faire est de noter le nom exact de la variante de ransomware — il est souvent mentionné dans la note de rançon — et de chercher un déchiffreur correspondant. Pour cela, consultez aussi les outils gratuits de récupération après ransomware que nous avons référencés.

Pour les nouvelles variantes de 2025-2026, récupérer sans payer reste un défi, voire une impossibilité si la clé n'a pas été compromise. Mais payer la rançon n'est pas non plus une garantie : environ 30 % des victimes qui paient ne récupèrent pas leurs données, ou reçoivent un déchiffreur défectueux. La vraie protection reste la sauvegarde hors ligne. Une sauvegarde sur un disque externe non connecté au réseau au moment de l'infection est immunisée contre le ransomware. C'est pour ça que je recommande à tous mes clients de consulter un guide de prévention contre les ransomwares pour les particuliers avant même d'avoir un problème.

Marie Lambert : Que pouvez-vous dire sur les faux laboratoires qui arnaquent les gens ?
Julien Moreau :

Malheureusement, il existe des escroqueries dans notre domaine. Certains faux laboratoires promettent monts et merveilles à bas prix, mais en réalité, ils ne possèdent ni l'équipement ni l'expertise nécessaire. Les signes d'alerte incluent : l'absence de diagnostic initial détaillé et payant, des tarifs anormalement bas (en dessous de 100 € pour une récupération mécanique, c'est impossible), un manque de transparence sur les méthodes utilisées, ou encore une pression pour signer rapidement. Un vrai laboratoire vous donnera toujours un devis écrit après diagnostic, sans engagement de votre part.

Un autre signal d'alarme : les laboratoires qui vous demandent d'envoyer votre disque par courrier sans suivi, ou qui refusent de vous indiquer leur adresse physique. La récupération mécanique nécessite une salle blanche — si le prestataire n'en a pas, il sous-traite ou improvise, et vos données paient le prix de cette improvisation. Pour ne pas vous faire avoir, renseignez-vous sur la façon d'identifier une arnaque numérique avant de donner accès à votre appareil. Les mêmes réflexes s'appliquent : vérifiez les avis, demandez des références, et méfiez-vous des offres trop belles pour être vraies.

Marie Lambert : Quels sont les tarifs réels d'une récupération professionnelle ?
Julien Moreau :

Les tarifs varient considérablement en fonction de la complexité du problème. Une récupération logique simple — suppression accidentelle, partition perdue sur un disque sain — coûte entre 200 et 500 €. Pour des pannes mécaniques graves, comme une tête de lecture abîmée ou un plateau rayé, les prix vont de 800 à 3 000 €. Les interventions sur des SSD NVMe avec panne de contrôleur sont encore plus coûteuses, souvent au-dessus de 2 000 €. Le diagnostic initial est généralement gratuit ou à faible coût, entre 50 et 100 €, et vous permet de connaître le montant avant d'engager les travaux.

Ce que les gens ne savent pas, c'est que le prix dépend aussi du délai. Une récupération en urgence — sous 48 heures — peut multiplier le tarif par 1,5 à 2. Si vous n'êtes pas dans une situation critique, prenez le temps de comparer deux ou trois devis de laboratoires certifiés. Et méfiez-vous des devis à la carte qui ajoutent des frais à chaque étape : un bon laboratoire vous donne un tarif global après diagnostic, tout compris.

Interface logicielle de récupération de données avec liste de fichiers récupérés et état de chaque secteur
Marie Lambert : Quelles sauvegardes recommandez-vous systématiquement à vos clients après intervention ?
Julien Moreau :

Je recommande toujours la stratégie de sauvegarde 3-2-1 : trois copies des données, sur deux supports différents, avec une copie hors site. Concrètement : votre ordinateur (copie 1), un disque dur externe chez vous (copie 2), et une sauvegarde cloud ou un second disque chez un proche ou au bureau (copie 3). J'encourage aussi l'utilisation de logiciels de sauvegarde automatique recommandés pour s'assurer que les sauvegardes sont régulières et à jour — une sauvegarde manuelle qu'on oublie de faire deux semaines de suite, ça ne vaut rien.

Le point crucial en 2026, c'est la sauvegarde hors ligne contre les ransomwares. Une sauvegarde connectée en permanence à votre réseau peut être chiffrée en même temps que vos fichiers principaux. Débranchez votre disque de sauvegarde quand vous n'effectuez pas de sauvegarde. Pour les photos et documents de famille irremplaçables, je pousse aussi mes clients vers une solution de stratégie de sauvegarde 3-2-1 complète, avec une copie physique dans un lieu géographiquement distant. Un incendie ou une inondation peut détruire tout ce qui se trouve dans votre domicile — la copie hors site est votre assurance finale.

Marie Lambert : Quel a été le cas le plus difficile que vous ayez résolu ?
Julien Moreau :

Un des cas les plus difficiles a été celui d'un disque dur qui avait subi un incendie dans un entrepôt. Non seulement le boîtier était partiellement fondu, mais les plateaux avaient également été affectés par la chaleur et les résidus de suie. Le client avait tenté de nettoyer le disque lui-même avec un chiffon humide avant de nous l'apporter — une catastrophe, parce que ça avait déposé des particules abrasives sur les plateaux. Nous avons dû travailler en salle blanche ISO 5 pour nettoyer les plateaux, reconstruire un boîtier de remplacement avec des pièces provenant d'un disque identique, et utiliser des techniques d'imagerie secteur par secteur pour extraire le maximum de données.

Après plusieurs semaines de travail minutieux, nous avons réussi à récupérer environ 70 % des fichiers critiques — les contrats, les factures et les photos de famille que le client considérait comme irremplaçables. C'est l'une des interventions dont je suis le plus fier, non pas parce que le taux de récupération était exceptionnel, mais parce que nous avons pu lui restituer exactement les données qui comptaient le plus pour lui. Ce genre de cas me rappelle pourquoi j'ai créé ce laboratoire : pour donner une deuxième chance aux gens qui pensaient avoir tout perdu.

Questions rapides : les idées reçues

  • FAUX — "Mettre un disque au congélateur peut le sauver" : technique anecdotique parfois mentionnée pour les anciens HDD mécaniques en dernier recours, mais risquée (condensation, corrosion), et totalement inefficace — voire destructive — sur les SSD.
  • FAUX — "Les données d'un téléphone noyé sont irrécupérables" : la récupération est possible dans 60 à 70 % des cas si le téléphone n'a pas été mis sous tension après l'immersion. L'électronique mouillée sous tension court-circuite immédiatement.
  • FAUX — "Formater un disque efface définitivement les données" : un formatage rapide ne fait que supprimer la table d'allocation. Les données restent physiquement présentes sur le support jusqu'à ce qu'elles soient écrasées par de nouvelles données.
  • PARTIELLEMENT FAUX — "Un RAID 1 me protège contre la perte de données" : un RAID 1 protège contre la panne physique d'un disque, mais pas contre un ransomware qui chiffre les données sur les deux disques simultanément, ni contre une suppression accidentelle ou un incendie.
  • RAREMENT — "Les services gratuits en ligne de récupération sont efficaces" : efficaces uniquement pour les suppressions logiques simples sur des disques physiquement sains. Inutiles — et parfois dangereux — pour les pannes mécaniques ou les infections ransomware.

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Conclusion — les 3 choses à retenir

La récupération de données est un domaine complexe qui requiert expertise et précaution. L'entretien avec Julien Moreau confirme ce que peu de particuliers savent encore : les chances de récupération sont souvent bien meilleures qu'on ne le croit, à condition de ne pas aggraver la situation avec de mauvais réflexes. Voici les trois points essentiels à retenir :

  1. En cas de panne, cessez immédiatement d'utiliser le disque. Ne rallumez pas, ne branchez pas à nouveau, n'installez pas de logiciel de récupération grand public. Chaque écriture supplémentaire réduit les chances de récupération. Contactez un laboratoire professionnel avant toute autre action.
  2. La protection la plus efficace contre la perte de données reste la sauvegarde 3-2-1. Trois copies, deux supports différents, une copie hors site et hors ligne. Un disque de sauvegarde branché en permanence à votre réseau n'est pas une protection contre les ransomwares — il en est une cible.
  3. Face aux ransomwares, vérifiez d'abord l'existence d'un déchiffreur gratuit sur NoMoreRansom.org avant d'envisager de payer. Et consultez les stratégies de protection et récupération après ransomware pour construire une défense en profondeur : sauvegarde hors ligne, segmentation réseau, authentification forte.